Projet de valorisation des collections autochtones d’Amérique du Nord

Corpus des Innus du Labrador

Ce corpus de 98 objets a été collecté dans la communauté de Sheshatshiu (Labrador) durant l'été 1963 par José Maillot et Andrée Michaud, deux étudiantes du département qui avait été récemment fondé. C'est à l'instigation du professeur Asen Balikci, à qui l'on doit d'importantes collections inuites et éthiopiennes, et grâce au soutien du Centre d'études nordiques, que les deux apprenties ethnologues se rendent pour la première fois en terrain autochtone. Elles ont alors pour mission d'évaluer les changements socio-économiques vécus par la communauté ainsi que de constituer une collection d'objets ethnographiques.

Sheshatshiu subit à cette époque les contrecoups de la sédentarisation et de la déplétion des populations de caribous, mais plusieurs familles passent encore l'hiver en forêt et perpétuent certaines techniques traditionnelles de chasse et de pêche. Mailhot et Michaud sont donc en mesure d'acquérir ou de faire fabriquer, par exemple par George Rich, William Katshinak, Joachim Ashini et des membres de leurs familles, une sélection d'objets illustrant ces modes de vie.

Ils comprennent objets finis, outils et échantillons de matériaux associés aux moyens de transport (raquettes, harnais de chien, poinçons, alènes, aiguilles à babiche, régularisateurs, couteau croche), à la chasse et la pêche (lance, harpon à mâchoires, arc, flèches), au traitement des peaux (grattoirs, épilateur), à la vie sous la tente (crochets de suspension, enveloppe de bébé), à l'habillement et aux effets personnels (bonnets, jambières, mocassins, blague à tabac, accessoires de cheveux) ainsi qu'aux loisirs et aux contextes cérémoniels (hochet, sifflet, toupie, tambour, amulette).

En 2016, dans le cadre du projet de mise en valeur des collections autochtones, une collaboration avec José Mailhot, linguiste et spécialiste de la culture innue, a permis de revoir en profondeur la nomenclature en innu des objets de la collection, de mettre à jour l'orthographe des noms d'informateurs et de compléter la documentation grâce à des extraits de son journal de terrain. Des copies de photos d'informateurs ont aussi pu être ajoutées au dossier.

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Références à consulter :

  • MAILHOT, José, MICHAUD, Andrée, 1965, North West River : Étude ethnographique, Québec, Centre d'études nordiques, Institut de géographie Université Laval.
  • MAILHOT, José, 1999, Au pays des Innus : Les gens de Sheshatshit, Montréal, Recherches amérindiennes au Québec, 214 p.

Corpus des Atikamekw de Haute-Mauricie

Ce corpus de 90 objets a été collecté dans la communauté atikamekw de Wemotaci (Haute Mauricie) entre 1973 et 1974 par le professeur Norman Clermont, pionnier de l'archéologie préhistorique québécoise. C'est parallèlement à une étude archéologique et historique sur l'histoire culturelle des habitants que Clermont a fait appel à un artisan réputé et un chasseur respecté, Albert Biroté (né en 1899), ainsi qu'à d'autres informateurs, pour produire ce fonds d'objets.

Dans cette région où l'intégration des outils euro-américains dont le fusil, la hache, les marmites et les couteaux était déjà ancienne et où la plupart des objets traditionnels n'étaient plus en usage depuis une génération, la constitution de ce corpus ainsi que les échanges suscités avec les informateurs représentait pour Clermont un moyen d'approfondir sa compréhension de la culture et des modes de vie de cette population encore récemment nomade et axée sur la chasse et le piégeage.

Elle constituait de plus un cadre de référence permettant de comprendre davantage les populations plus anciennes et d'interpréter les sites archéologiques de la région, dont le sol acide ne livrait que les restes lithiques, alors que l'enquête de Clermont révélait la prédominance des matériaux végétaux dans l'adaptation au milieu.

Les objets récoltés reflètent divers secteurs d'activités et comprennent objets finis, outils et échantillons de matériaux associés aux moyens de transport (un canot d'écorce et les outils liés à sa fabrication, avirons, toboggan, raquettes, porte-bébé), aux modes de subsistance (arc, flèches, hache, couteau croches, épilateurs, tendeurs à peaux, fourrures, hameçons), à l'habitation, aux ustensiles et aux articles de rangement (crochets de suspension, contenants en écorce, cuillère, palette), aux vêtements (moufles, mocassins), aux jouets et à la production artistique (bilboquets, sculpture, modèles réduits de canot).

Au moment de la collecte, cette culture matérielle était considérée en voie de disparition et la démarche de Clermont tenait d'une ethnographie de sauvetage, qu'il a complétée par la publication de la monographie La culture matérielle des Indiens de Weymontachie : images d'hier dans une société en mutation (Clermont, 1982). Depuis, cependant, la revalorisation des cultures autochtones a permis de redynamiser la production et l'utilisation de plusieurs objets, dont le porte-bébé tikinakan.

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Références à consulter :

  • CLERMONT, Norman, 1982, La culture matérielle des Indiens des Weymontachie : images d'hier dans une société en mutation, Montréal, Recherches amérindiennes au Québec, 158 p.
  • CLERMONT, Norman, 1977, Ma femme, ma hache et mon couteau croche : deux siècles d'histoire à Weymontachie, Québec, Ministère des affaires culturelles du Québec, 144 p.
  • GUY, Camil, 1970, Le canot d'écorce à Weymontaching, Études anthropologiques No 20, Ottawa, Musée national de l'Homme, 57 p.

Corpus inuits

- Netsilingmiut (Inuits de Netsilik)

Plusieurs fonds totalisant 140 objets ont été collectés chez les Inuits de Netsilik autour de Kugaaruk (autrefois Pelly Bay) entre 1961 et 1965 par le professeur Asen Balikci et le missionnaire oblat Franz Van de Velde o.m.i. Recruté par l'Université de Montréal en 1961, Balikci avait entamé ses recherches sur les Inuits de Netsilik en 1957 alors qu'il travaillait pour le Musée national du Canada et avait bénéficié sur le terrain des connaissances de Van de Velde dont Kugaaruk était la paroisse depuis 1938.

En 1963, il devenait aussi consultant du Education Development Center pour un projet de films documentaires destinés aux écoles primaires américaines. Ces derniers s'intégraient dans un programme éducatif intitulé Man : A Course of Study illustrant la vie d'une famille inuite pendant le cycle annuel de migration.

Kugaaruk était alors considérée comme l'une des communautés les plus traditionnelles du Nord, une situation qui tenait à son isolement et à l'absence de comptoir de traite. Bien que les habitants aient été récemment sédentarisés, beaucoup d'activités de subsistance y étaient encore pratiquées et l'anthropologue trouva facilement des informateurs capables de recréer le mode de vie prédatant l'introduction du fusil dans la région, soit autour des années 1920.

Dans le cadre de ce projet, Balikci collecta et fit fabriquer un certain nombre d'objets par des membres de la communauté. Ils comprennent du matériel de pêche et de chasse (harpons, sondes à neige, bouche-plaies, arcs, flèches), des outils (forets, grattoirs, herminette, scie, couteau à neige, pelle), du mobilier utilisé dans l'igloo (lampe à huiles, marmites, séchoir, récipients en peau), quelques jouets (bilboquet, rhombe) et du matériel cérémoniel (tambour, ceinture de chamane).

Certains objets figurent dans les films tandis que d'autres étaient uniquement destinés à la collection du département. La documentation ne permet pas d'attribuer précisément les objets à leurs artisans, mais ceux-ci comprennent probablement Barthelemy Nirlungayak, Sidonie Nirlungayak et Bernard Irqugaqtuq. L'un des films de la série est par ailleurs consacré aux étapes de fabrication d'un kayak en peau par le protagoniste principal, Zachary Ittimangnaq, assisté de sa femme. Cette embarcation est aujourd'hui exposée au 3e étage du Pavillon Lionel-Groulx.

Références à consulter :

  • BALIKCI, Asen, 1970, The Netsilik Eskimo, New York, American Museum of Natural History, 264 p.
  • Education Development Center, Inc., et Office national du film du Canada, 1967, Netsilik Eskimos, série de neuf films en deux, trois et quatre parties d'une demi-heure. Réalisation/production : Quentin Brown.

Consulter le mini-catalogue partiel de la collection inuite (document pdf)

 

 

- Inuinnait (Inuits du Cuivre)

Un fonds d'une vingtaine d'objets a été collecté par le professeur Rémi Savard en 1965 et 1966 autour de Qingaut (Bathurst Inlet), Ikaluktutiak (Cambridge Bay) et Ulukhaktok (Holman Island), dans le cadre de recherches plus vastes auprès de communautés inuites et innues. Il comprend un éventail d'objets utilisés pour la chasse et la pêche, (arcs, flèches, harpon, ligne à pêche, bouche-plaie), outils (foret à archet, redresseur, scie, sonde à neige), objets domestiques (lampes à huile, ulu, parka) ainsi que cérémoniels (bonnet de danse, objet magique).

Deux autres objets des Inuinnait se sont ajoutés à ce corpus en 2010 grâce au don de la collection personnelle du professeur Lionel Vallée. Ce dernier les avait reçus en cadeau du professeur Asen Balikci.

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- Nunavimmiut (Inuits du Nouveau-Québec)

La collection compte quelques objets des Nunavimmiut collectés en 1966 dans les environs de Kangiqsujuaq (Maricourt-Wakeham), Quartaq et Kangirsuk (Payne Bay) par l'anthropologue Bernard Saladin d'Anglure, à la demande du département d'anthropologie. Ce fonds comprend un foène, un crochet et des marmites en stéatite d'un type en usage jusqu'à la fin des années 1920 qui avaient été trouvées par des membres de la communauté.

Consulter le mini-catalogue partiel de la collection inuite (document pdf)

Il comprenait aussi à l'origine un grand kayak de mer en peau de phoque, le dernier de ce type en usage dans la région, qui avait été fabriqué par le chasseur et sculpteur Masiu Ningiuruvik. En 2004, à la suite d'une demande officielle de l'Institut culturel Avataq, le kayak, sa pagaie et une marmite ont été offerts à la Collection d'art Inuit du Nunavik pour être exposés dans le nouveau centre d'interprétation de Kangiqsujuaq. Il faut noter que la demande d'Avataq ne s'inscrivait pas dans une perspective de restitution ou de rapatriement car ces objets avaient été acquis légalement et sans contraintes, Ningiuruvik souhaitant à l'époque s'acheter un canoë. Cette demande a donné lieu à de riches échanges sur le rôle des collections autochtones du département dans le contexte de la revalorisation des savoir-faire traditionnels.

Lire l'article sur le retour du kayak à Kangiqsujuaq (document pdf)